Samedi 29 janvier 2011
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Le peuple tunisien a toujours été ouvert au monde, et en particulier à l'Europe et à la France. Ce sont nos valeurs fondées sur le respect des libertés
fondamentales et de l'égalité des droits qui ont inspiré les pères de l'indépendance tunisienne, à l'image d'Habib Bourguida. Ce n'est pas un hasard si au premier rang de cette révolution de
Jasmin figurent, aux côtés des jeunes, les femmes tunisiennes fortes des droits acquis après l'indépendance.
Mais à ce rendez-vous avec le peuple tunisien, la France, et l'Europe ont été les grands absents. Pour la France, on peut vraiment parler d'un rendez-vous manqué.
Et réaffirmer le respect du principe de souveraineté, comme l'a fait Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse, ne peut en aucun cas servir d'alibi au silence ou à la complaisance, surtout
à l'égard de pays avec lesquels nous avons vécu la longue et douloureuse histoire de la colonisation.
Quant à l'Europe, elle est loin d'être exempte de critiques. Elle n'a réagi que très timidement à la répression violente des manifestations en Tunisie. Et elle n'a
jamais su, ou voulu, appliquer le principe de conditionnalité, c'est-à-dire lier le versement des aides au respect des valeurs démocratiques. Un principe que l'Union européenne s'obstine toujours
à ignorer vis-à-vis d'autres dictatures dans le monde.
Cependant, malgré ces ratages, je crois dans la pérennité d'une relation euro-tunisienne ancrée dans une mémoire commune, constituée d'échanges économiques et
culturels forts. Il est du devoir de l'Europe d'aider aujourd'hui les tunisiens. L'Union européenne a d'ores-et-déjà offert son assistance pour l'organisation du futur processus électoral. Mais
elle doit aller plus loin. L'établissement d'un véritable Etat de droit, d'une justice indépendante, de médias libres, et la lutte contre la corruption, sont autant d'objectifs que l'Europe doit
concrètement soutenir.
L'Europe doit aussi soutenir le développement économique de la Tunisie. Il faut augmenter l'aide qui était programmée pour les trois années à venir. Mais aussi
octroyer à ce pays ami le "Statut avancé" dans ses relations avec l'Union européenne. Ce qui permettra par exemple à la Tunisie, dans le cadre d'une coopération plus étroite, de bénéficier de
tarifs douaniers préférentiels, et à ses citoyens d'être exemptés d'obligation de visas pour leurs séjours en Europe.
Au-delà, l'Europe doit repenser et reformuler sa politique de voisinage avec les pays méditerranéens. Et entendre les attentes exprimées par ces peuples, en matière
de démocratie comme le développement.